Lors de son tout premier discours officiel sur le sol congolais, le pape François s’adressait aux autorités, à la société civile et au corps diplomatique avec des mots lourds de sens, empreints de sagesse, mais surtout d’un réalisme brutal. Dans un pays rongé par les divisions ethniques, les conflits armés et les querelles politiques interminables, ses paroles résonnent aujourd’hui encore comme une mise en garde prophétique.
“Ne glissez pas dans le tribalisme et la confrontation”, avait-il déclaré avec fermeté. Une phrase simple, mais qui vient toucher l’un des nerfs les plus sensibles de la République démocratique du Congo : le vivre-ensemble.
Le tribalisme, un mal silencieux mais profond
Depuis des décennies, la RDC peine à se départir des logiques de clans, d’ethnies et de territoires. Des rivalités intercommunautaires alimentent les conflits, tant sur le plan sécuritaire qu’institutionnel. Le pape François, dans sa sagesse pastorale, a mis le doigt sur cette plaie ouverte : « Le problème n’est pas la nature des hommes ou des groupes ethniques, mais la manière dont on décide d’être ensemble. »
Une manière de rappeler que les identités culturelles et ethniques ne sont pas en soi des menaces, mais qu’elles peuvent le devenir lorsqu’elles sont instrumentalisées à des fins politiques ou économiques.
Des propos qui trouvent un écho dans l’actualité politique
Cette mise en garde prend une dimension encore plus forte aujourd’hui, dans un climat politique tendu marqué par la suspension du PPRD, parti de l’ancien président Joseph Kabila, et la saisie de certains de ses biens. Pour certains, il s’agit d’un signal fort de l’État de droit ; pour d’autres, une manière une stigmatisation.
Ce climat alimente un discours de victimisation et de stigmatisation entre communautés, renforçant les fractures ethniques dans une société déjà éprouvée par les conflits armés dans l’Est du pays. Le tribalisme, loin d’être un mot creux, est devenu un carburant idéologique pour les luttes de pouvoir.
L’appel du Pape : “Cessez d’étouffer l’Afrique !”
Mais au-delà des rivalités internes, le Pape avait aussi pointé du doigt les responsabilités extérieures. Dans un cri du cœur resté célèbre « Retirez vos mains de l’Afrique ! » François dénonçait les logiques néocoloniales, économiques et géopolitiques qui exploitent les ressources congolaises tout en attisant les divisions internes.
Dans ce contexte, son exhortation à ne pas céder à la haine et à la fragmentation prend tout son sens. « Que la violence et la haine n’aient plus de place dans le cœur de quiconque », avait-il supplié, insistant sur le fait que c’est dans l’unité et la justice que la RDC retrouvera sa grandeur.
Un appel toujours d’actualité
Plus d’un an après cette visite historique, les tensions persistent. Les divisions s’enracinent, les accusations se multiplient, et la crise sécuritaire continue de faire des victimes, notamment dans l’Est du pays. Pourtant, les paroles du Pape résonnent comme un rappel nécessaire : la paix ne viendra ni de la vengeance ni de l’exclusion, mais de la capacité des Congolais à se reconnaître comme un seul peuple, au-delà des lignées, des provinces et des appartenances politiques.
MM
