Un mois après l’interdiction annoncée par le ministre provincial de la Santé, Hygiène et Prévention, Dr Praticien Gongo, les « malades de rue » sont toujours visibles dans plusieurs coins de Kinshasa. Loin de disparaître, la pratique semble au contraire bien ancrée dans les habitudes de la capitale.
Au Rond-Point Ngaba, à Kapela et dans d’autres places publiques, la scène est la même : une chaise en plastique posée à même le trottoir, un microphone et une baffle installés, un panier en plastique pour la collecte d’argent. Assis, souvent en état de faiblesse, le malade devient l’élément central d’un dispositif presque théâtral, pendant que des accompagnateurs haranguent les passants pour obtenir quelques billets.
Pourtant, dans son communiqué du 28 juillet dernier, le ministre provincial de la Santé avait été clair :
« Les malades doivent être transférés dans les différentes zones de santé de la ville pour toute disposition utile », avait-il insisté.
Le Dr Gongo avait même averti que la non-observance de cette mesure expose les contrevenants à la rigueur de la loi, en citant notamment l’article 194 de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 sur la protection de l’enfant et le décret du 23 mai 1896 relatif au vagabondage et à la mendicité.
Mais sur le terrain, un mois après, les réalités contredisent l’autorité. Aucun dispositif de répression visible, aucune descente des équipes sanitaires. Résultat : la mendicité médicale prospère, à la vue de tous.
Dans les marchés et sur les grandes artères, certains habitants affirment que ces malades n’ont « pas d’autre choix » que d’exposer leurs souffrances pour survivre. D’autres dénoncent une « exploitation » organisée, où les véritables bénéficiaires ne sont pas toujours les malades eux-mêmes.
Entre détresse sociale, indifférence des passants et silence des autorités, les rues de Kinshasa continuent d’offrir ce spectacle troublant, symbole d’un système de santé débordé et d’une gouvernance locale en décalage avec la réalité.
MM
