L’influente Église catholique a pris une décision qui ne passe pas inaperçue : les élèves enceintes ne seront plus admises dans ses écoles conventionnées. Dans une note officielle datée du 16 juillet, la Coordination nationale des écoles conventionnées catholiques (ECCATH) précise que toute élève concernée sera redirigée vers les établissements publics gérés directement par l’État.
À l’origine de cette position : le rappel des principes de moralité et de discipline chers à l’institution. L’Église invoque notamment l’article 5 de sa convention spécifique sur l’éducation, qui insiste sur « la moralité de l’élève en matière de mœurs ». Résultat : la récente circulaire du Secrétariat général à l’Éducation, qui appelait au maintien des filles enceintes dans toutes les écoles du pays, ne s’appliquera pas dans les établissements catholiques.
« Si un cas de grossesse arrive à une élève, veuillez charitablement l’orienter vers les écoles des gestionnaires auxquels Monsieur le Secrétaire Général s’adresse », indique la note signée par l’Abbé Emmanuel Bashiki Kambale, coordinateur national des écoles catholiques.
Une décision assumée, mais controversée
Pour les responsables catholiques, il ne s’agit pas d’exclusion, mais de cohérence avec leurs valeurs éducatives. En filigrane : la volonté de préserver l’image et l’exigence morale des écoles catholiques, qui accueillent des milliers d’élèves à travers le pays et jouissent d’une réputation de rigueur.
Mais sur le terrain, la décision choque. Des associations de défense des droits des filles dénoncent une mesure « stigmatisante » et « discriminatoire » qui risque de pousser davantage de jeunes filles enceintes vers le décrochage scolaire.
La réaction du gouvernement se fait encore attendre, mais en interne, la décision des écoles catholiques bouscule la politique éducative nationale. Depuis 2022, Kinshasa milite pour l’inclusion scolaire des filles enceintes, conformément aux recommandations des agences internationales. Ce que la ministre Raïssa Malu a rendu possible il y a quelque jours.
Dans un pays où plus de 60 % des écoles sont conventionnées, et où l’Église joue un rôle central dans l’enseignement, cette divergence entre autorités religieuses et État ouvre un bras de fer silencieux, sur fond de valeurs, de droit à l’éducation et d’équilibre institutionnel.
Walim M.
