Depuis plusieurs années, les églises de réveil en République démocratique du Congo font l’objet de débats récurrents autour de leurs pratiques, de leur fonctionnement interne et de la manière dont certains responsables religieux s’expriment publiquement. Ces discussions, souvent relayées sur les réseaux sociaux, ressurgissent régulièrement à la faveur de prises de position controversées ou d’échanges tendus entre pasteurs.
Ces derniers jours, une nouvelle polémique a émergé à la suite d’un extrait de prédication de la pasteure Joëlle Kabasele, largement partagé en ligne. Dans cette séquence, elle déconseille aux jeunes femmes d’épouser des pasteurs, estimant que la vie conjugale avec un responsable religieux est difficile et exigeante. Elle justifie son propos par son propre vécu, en tant qu’épouse de pasteur.
La diffusion de cette déclaration a suscité de nombreuses réactions sur les plateformes numériques. Certains fidèles et observateurs y ont vu un témoignage personnel assumé, tandis que d’autres responsables religieux ont exprimé leur désaccord. Parmi eux, le pasteur Paul Mukendi, qui a publiquement critiqué cette sortie, relançant ainsi un débat déjà ancien sur la communication et les divergences internes au sein des églises de réveil.
Au-delà du fond du message, c’est surtout la forme des échanges qui interpelle. Les piques publiques entre pasteurs, parfois directes, parfois voilées, sont devenues fréquentes et semblent s’inscrire dans une culture de confrontation verbale désormais bien installée. Cette pratique, souvent amplifiée par les réseaux sociaux, contribue à exposer au grand public des tensions qui relevaient autrefois de cercles plus restreints.
C’est dans ce contexte que certains observateurs établissent un parallèle avec ce qu’ils appellent « l’esprit Wenge ». Popularisé dans le milieu musical congolais, notamment par des figures comme Werrason, JB Mpiana ou Didier Masela, ce concept renvoie à une posture marquée par l’affirmation de soi, la rivalité permanente, la mise en avant de sa propre valeur et la minimisation du travail des autres. Transposé au champ religieux, il servirait à décrire une dynamique où la compétition symbolique, la recherche de visibilité et les critiques croisées prennent parfois le pas sur le message spirituel.
Toutefois, il convient d’indiquer que l’église de réveil en RDC ne constitue pas un bloc homogène. Elle regroupe une diversité de courants, de sensibilités théologiques et de pratiques pastorales. Si certaines prises de parole polémiques dominent l’espace médiatique, elles ne reflètent pas nécessairement l’ensemble des réalités vécues au sein de ces communautés religieuses.
L’épisode autour de la prédication de Joëlle Kabasele illustre ainsi une tension plus large entre expression personnelle, responsabilité pastorale et exposition numérique. Il relance, une fois de plus, le débat sur la manière dont les leaders religieux congolais gèrent leurs désaccords et sur l’image que ces échanges projettent auprès du public.
MM
