Dans la capitale congolaise, une nouvelle pratique s’impose progressivement et définitivement lors des funérailles : au lieu des traditionnelles gerbes de fleurs, de plus en plus de proches viennent déposer des paquets de jus en bouteilles plastiques. Ce phénomène, devenu presque culte, redessine les codes sociaux du deuil à Kinshasa.
Des fleurs jugées inutiles
Dans les cérémonies mortuaires congolaises, les fleurs ont longtemps symbolisé respect et hommage envers le défunt. Mais pour de nombreux Kinois, elles apparaissent aujourd’hui comme un luxe superflu. « Les fleurs fanent et disparaissent, mais les jus restent utiles », glissent certains habitués des deuils, pour qui les boissons ont une valeur pratique que les fleurs n’offrent pas.
Une logique de solidarité
Les jus, présentés en paquets, ne sont pas simplement offerts comme substitut décoratif. Ils répondent à une nécessité : servir à hydrater et réconforter les proches et visiteurs venus compatir avec la famille éplorée. Dans ce contexte, le « bain de consolation », moment de partage et de réconfort collectif, trouve une nouvelle ressource dans ces boissons.
Mutation culturelle et symbolique
Cette évolution illustre une transformation plus large des rituels funéraires en RDC. D’une logique symbolique tournée vers l’esthétique et la mémoire (les fleurs), on glisse vers une approche utilitaire et solidaire (les jus). Sans effacer le caractère sacré du deuil, cette pratique met en avant la dimension communautaire et le souci de soutenir concrètement les familles endeuillées.
À Kinshasa, les paquets de jus alignés au pied d’une tente de deuil sont désormais autant un signe de respect qu’une marque d’entraide. Un geste qui, loin d’être perçu comme banal, devient un symbole culturel fort de la manière dont la société congolaise réinvente ses traditions à travers la vie quotidienne.
Walim M.
