Attendu ce mardi devant la commission spéciale du Sénat chargée d’examiner les lourdes accusations portées contre lui, l’ancien président Joseph Kabila ne s’est finalement pas présenté, ni physiquement ni par procuration. Une absence remarquée, qui soulève des interrogations et alimente les débats dans les milieux politiques et judiciaires congolais.
L’ancien chef de l’État est poursuivi pour crimes de guerre et accusé par plusieurs rapports et témoignages d’avoir été l’instigateur présumé de la rébellion du M23, un mouvement armé responsable de nombreuses exactions dans l’est de la RDC, notamment entre 2012 et 2013, et dont la résurgence récente a ravivé les plaies dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.
La commission spéciale du Sénat, mise en place pour auditionner Joseph Kabila et analyser les éléments à charge, devait l’entendre ce 20 mai afin qu’il présente ses moyens de défense. Pourtant, à l’ouverture de la séance, aucun représentant légal ni aucun message officiel n’a été transmis à la commission. Le silence de l’ancien président sur ces accusations, pourtant graves, commence à nourrir les suspicions.
« Le respect des institutions commence par la disponibilité à répondre aux convocations légales. Cette absence ne joue pas en faveur de M. Kabila », a déclaré un sénateur membre de la commission, sous couvert d’anonymat.
Du côté du camp Kabila, c’est le mutisme total. Aucune déclaration, aucune explication. Le silence persistant de l’ancien président laisse place à toutes les spéculations : refus de collaborer ? stratégie de défense ? ou simple dédain envers une procédure qu’il jugerait illégitime ?
Pour rappel, Joseph Kabila bénéficie encore, en vertu de son statut d’ancien chef de l’État, de certaines immunités protocolaires, mais l’ouverture de cette procédure par le Sénat marque un tournant dans la manière dont la justice congolaise aborde les responsabilités au plus haut niveau de l’État.
Prochaine étape : la commission devrait se réunir dans les jours à venir pour décider de la suite à donner à la procédure, en tenant compte de cette absence, que certains qualifient déjà d’« affront institutionnel ».
MM
