À l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, célébrée le 3 décembre de chaque année, les questions liées à l’inclusion, à la mobilité et à l’effectivité des droits des personnes vivant avec handicap ont été au cœur d’une conférence de sensibilisation organisée jeudi dans la commune de Bumbu, au centre de Kinshasa. L’activité, initiée par l’Association congolaise pour la libération et le développement de la maman handicapée (ACOLDEMHA), a réuni des relais communautaires.

Les échanges ont mis en lumière les progrès réalisés par la République démocratique du Congo sur le plan juridique, tout en soulignant la persistance de nombreux défis sur le terrain. Pour Valentin Tshitenge, médecin et activiste des droits des personnes handicapées, le pays dispose désormais d’une base légale solide sur laquelle bâtir une inclusion réelle.

« Le gouvernement a fait beaucoup d’avancées qui vont dans le sens de rendre effective l’inclusion des personnes handicapées », a-t-il affirmé, citant notamment la loi organique n°22/003 du 3 mai 2022 portant protection et promotion des droits des personnes handicapées, ainsi que ses mesures d’application.
Selon lui, ces réformes constituent des acquis majeurs qui doivent servir de leviers pour le plaidoyer et l’action en faveur du progrès social. Elles ont déjà permis, dans une certaine mesure, d’améliorer l’accès des personnes handicapées à des services sociaux de base, en particulier dans le secteur de l’éducation, avec la gratuité de l’enseignement primaire et l’ouverture de l’enseignement supérieur.
Toutefois, les conférenciers ainsi que les participants ont unanimement reconnu que la promulgation des lois, à elle seule, ne suffit pas.

« Il y a des textes et des lois, mais il est important maintenant de passer à l’acte », a insisté Francky Miantuala, conseiller technique de l’ACOLDEMHA. Selon cet activiste des droits des personnes handicapées, de nombreuses personnes handicapées estiment que malgré les avancées juridiques, leur quotidien reste marqué par des obstacles majeurs, notamment dans l’accès à l’emploi, à la santé et aux services publics.
La mobilité, maillon faible de l’inclusion
Parmi les défis les plus pressants évoqués lors de la rencontre figure la question de la mobilité, particulièrement dans la ville de Kinshasa.

« Jusqu’à présent, il n’y a pas de vraies mesures prises pour la mobilité des personnes handicapées », a reconnu Valentin Tshitenge, soulignant que l’inaccessibilité des infrastructures et du transport public constitue un frein majeur à l’autonomie et à l’inclusion sociale.
Pour l’activiste, le transport public doit être considéré comme un service social de base, au même titre que l’éducation ou la santé. Il a plaidé pour des actions concrètes visant à améliorer l’accessibilité des moyens de transport et des espaces publics, estimant que la mobilité conditionne l’accès aux autres droits fondamentaux.

« Nous allons travailler en matière de plaidoyer pour améliorer la mobilité, tant au niveau personnel que du transport public », a-t-il assuré, appelant également les médias à accompagner ce combat afin de sensibiliser davantage l’opinion et les autorités.
L’ancrage communautaire au cœur de la stratégie
Dans cette dynamique, l’ACOLDEMHA a fait le choix de s’appuyer sur les relais communautaires, jugés essentiels pour traduire les politiques publiques en actions concrètes au niveau local.

« Ils jouent un rôle clé dans l’identification des personnes handicapées, leur accompagnement et leur référencement vers les structures éducatives et sanitaires », a expliqué Francky Miantuala.
Organisation de la société civile engagée pour la promotion et la défense des droits des personnes vivant avec handicap, avec un accent particulier sur les femmes et les mères handicapées, l’ACOLDEMHA mène des actions de sensibilisation, de plaidoyer et de renforcement des capacités en collaboration avec les communautés locales et les acteurs institutionnels.
Instituée par l’Assemblée générale des Nations unies, la Journée internationale des personnes handicapées vise à promouvoir les droits et le bien-être des personnes vivant avec handicap, tout en attirant l’attention sur les obstacles qui entravent encore leur pleine participation à la société. En RDC, cette célébration a rappelé que si des avancées légales sont désormais acquises, le véritable enjeu reste leur mise en œuvre effective, afin que l’inclusion cesse d’être un principe et devienne une réalité vécue.
MM
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