Une phrase, et le nom de Joseph Kabila revient brutalement au centre de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Dans une interview accordée à Jeune Afrique et publiée ce vendredi 3 avril 2026, le président rwandais Paul Kagame a directement associé l’ancien chef de l’État congolais Joseph Kabila au mouvement AFC/M23.
« Le M23 n’est pas un mouvement rwandais, mais un mouvement congolais désormais appelé AFC/M23, auquel est associé l’ancien président Joseph Kabila. Le problème posé par ce mouvement est un problème politique congolais, qui doit trouver une solution politique congolaise », a-t-il déclaré lors d’un entretien à Jeune Afrique jeudi.
En citant explicitement Kabila, Kagame fait basculer le débat. L’ancien président, déjà dans le viseur du pouvoir de Félix Tshisekedi, se retrouve une nouvelle fois désigné comme acteur clé dans une crise qui secoue le Nord-Kivu depuis des mois.
À Kinshasa, cette lecture n’est pas nouvelle. Félix Tshisekedi répète depuis plusieurs mois : « L’AFC, c’est Kabila », accusant son prédécesseur d’être lié à la dynamique rebelle. Les propos de Kagame viennent ainsi renforcer, au moins en apparence, cette ligne défendue par le pouvoir congolais.
Mais cette sortie soulève aussi plusieurs questions. En pointant Kabila, Kagame écarte toute implication directe du Rwanda dans le conflit, malgré les accusations répétées portées par Kinshasa et plusieurs rapports internationaux. Le président rwandais recentre le débat sur une rivalité politique congolaise, entre l’actuel chef de l’État et son prédécesseur.
Dans ce jeu d’équilibre, Joseph Kabila apparaît comme une pièce centrale, sans s’être exprimé publiquement sur ces nouvelles déclarations. Son silence alimente les spéculations, alors que son nom circule de plus en plus dans les discours officiels et diplomatiques liés à la crise.
Pendant ce temps, sur le terrain, l’AFC/M23 consolide ses positions dans l’Est, tandis que les discussions pour une désescalade peinent à produire des résultats concrets. La sortie de Paul Kagame reconfigure ainsi les lignes du débat : d’un conflit régional dénoncé par Kinshasa, le narratif glisse vers une crise politique congolaise où l’ombre de Joseph Kabila continue de peser.
MM
